KÂMASÛTRA

Mercredi 17 décembre 2015 : visite commentée de l’exposition Kâmasûtra, à la Pinacothèque de Paris, par Gilles Béguin, Conservateur Général Honoraire du Patrimoine – Ancien Directeur du Musée Cernuschi.

Depuis sa traduction en anglais sous la direction de Sir Richard Francis Burton en 1883, en pleine époque victorienne, le Kâmasûtra est perçu en Occident comme un texte libertin, pour ne pas dire pornographique. Ce jugement empreint de préjugés judéo-chrétiens, est bien évidemment erroné. Il rend compte de la tendance de la pensée indienne à classifier les moindres données intellectuelles et sociales, jusque dans les actions les plus intimes sans jamais se dépouiller d’un arrière fond moralisant. Son caractère pédagogique s’adresse aux aristocrates qui se doivent d’obtenir une nombreuse descendance pour accroître la renommée de leur maison, et aux jeunes femmes destinées à entrer dans une nouvelle famille, le plus souvent polygame.

Le texte en lui même semble une compilation réalisée vers le IIe siècle. La tradition cependant l’attribue à un certain Vâtsyâyana (IVe siècle ?). L’aspect composite de l’ouvrage et le mélange de prose et de vers trahissent cependant plusieurs mains, espacées dans le temps depuis au moins le IVe siècle avant J.-C. Il traite des moyens de séductions du « nâgaraka », terme que l’on pourrait imparfaitement traduire en français par « citadin élégant », et de sa vie amoureuse.

A partir des collections du Mahârâja d’Udaïpur, de Beroze et Michel Sabatier et de divers autres prêteurs privés, la Pinacothèque de Paris illustre par environ 300 œuvres les sept sections de l’ouvrage. La première traite de la vie du nâgaraka, de ses amis et de ses « messagères ». Une longue partie est ensuite consacrée aux modalités de l’acte sexuel, aux artifices destinés à susciter ou développer le plaisir et à une géographie érotique du Sous-Continent. Le troisième chapitre concerne les jeunes filles, de leur séduction jusqu’au mariage. La quatrième partie traite des épouses et de leur condition au sein du gynécée des grandes maisons. Les recettes de séductions alternent avec des commentaires moraux. La section suivante traite des femmes d’autrui et de la manière de les conquérir. Ce véritable traité d’adultère s’adresse aux Grands afin de connaître les ruses des amants et ainsi protéger leur famille. Le rôle des entremetteuses (dûti) est clairement exposé. Le sixième chapitre est un traité à l’usage des courtisanes dont chacun connaît le rôle social important qu’elles jouaient dans la vie sociale de l’Inde préislamique … et même au delà jusqu’à la conquête britannique. Cette partie originellement due à un certains Dattaka aurait été rédigée à l’instigation des hétaïres de Pâtaliputra. Un dernier chapitre rassemble des recettes esthétiques, médicales et magiques.

Cette finalité didactique du texte diffère donc des illustrations souvent anecdotiques avec lesquels il est le plus souvent associé en Occident.

14.12.12. 114.12.12. 914.12.12. 7.2Sans titre
Ekamukalingam avec effigie de Shiva. Grès.
C. VIIe-VIIIe siècle
Collection particulière.
Couple. Grès.Orissa.
Grès. XIIe siècle.
Musée Rietberg. Zurich.
Abhisarika Nayiaka (l’amoureuse intrépide).
Peinture sur papier. C. 1650.
Région du Mewar. Rajasthan.
Musée Rietberg. Zurich.
Elément de boîte à bijoux ou à fards.
Ivoire. XIXe siècle. Maharashtra.
Collection Beroze et Michel Sabatier.
La Rochelle.

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