Visite de l’atelier de Yang Jiechang

Grâce à l’initiative de notre président, Robert Lavayssière, un groupe d’Amis a pu visiter l’atelier de Yang Jiechang qui nous a reçus, accompagné de son épouse Martina Köppel-Yang. Au cours de la visite, le couple nous a chaleureusement éclairés sur la carrière de l’artiste. En effet, la particularité de ce grand atelier est dû au fait  que Yang Jiechang a gardé des œuvres illustrant tout son parcours.

Né en 1956 dans la province du Guangdong, l’artiste a été initié par son grand-père, dès l’âge de trois ans, à la calligraphie. Après avoir suivi un enseignement auprès d’un maître et un passage chez les gardes rouges, il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Canton entre 1978 et 1982 pour y étudier la calligraphie et la peinture chinoise traditionnelle. Toujours plus haut montre le travail de l’artiste à cette époque, dans le goût du réalisme socialiste positif.

Le refus répété de ses œuvres au concours ne l’empêche pas d’être intégré comme enseignant à l’École des Beaux-Arts. Yang Jiechang nous présente les deux premiers triptyques refusés, dont Massacre (1982) qui figure des têtes grimaçantes et inquiétantes, d’une grande expressivité, traduisant ainsi les dévastations de la révolution culturelle. Il nous montre aussi une grande copie d’une peinture de temple exécutée sur papier datant des années 1980. De ces années d’apprentissage, Yang Jiechang retient qu’il ne faut pas peindre pour les autre mais pour soi-même.

Yan Jiechang. Toujours plus haut. Encre et couleurs sur soie. 1982.

Yan Jiechang devant la copie d’une peinture de temple. Encre et couleurs sur papier. Milieu des années 1980.

Massacre. Triptyque. Encre sur papier. 1982.

C’est en 1989 que sa vie va changer grâce à Jean-Hubert Martin (né en 1944) commissaire de la grande exposition « Les Magiciens de la Terre », au Centre Pompidou. Le gouvernement chinois ne lui laissant pas sortir ses peintures, il arrive à Heidelberg, en Allemagne, avec seulement ses pinceaux et va travailler pour présenter un ensemble d’œuvres sous le titre Cent couches d’encre qu’il continuera d’enrichir durant les années 1990. Pour cela il utilise de multiples couches superposées d’encre afin  d’obtenir une épaisseur et de jouer à la fois de la brillance et du relief sur le fond mat. À noter que ses travaux préparatoires ont été réalisés sur du papier machine à l’aide de sauce soja en raison du caractère onéreux de l’encre. À la suite de l’exposition il restera en Europe pour se fixer définitivement à Paris.

Projet pour Cent couches d’encre. Sauce soja sur papier. 1989.

Cent couches d’encre. Encre sur papier. Milieu des années 1990.

Country in movement (détail). Encre sur papier. 2018.

Si sa peinture a évolué vers le figuratif, il continue à explorer la calligraphie et nous explique qu’il travaille toujours au sol,  écrivant à l’envers et se tenant en haut de l’œuvre. Il nous montre un projet de Country in movement où il a consigné tous les mouvements politiques de la République populaire de Chine dans le style des dazibaos de la Révolution culturelle et une œuvre terminée, datant de 2018, inspirée par le style utilisé pour les stèles.

Dans le style réaliste J’ai encore une valise à Berlin, réalisée sur soie, montre la capacité de l’artiste a maîtriser la technique traditionnelle chinoise pour un sujet contemporain. De même, la série Tale of the eleventh day (conte du 11ème jour), inspirée par le Décaméron de Boccace (1313-1375), commencée en 2009, dans laquelle il représente un paysage idyllique, dans le style de la dynastie Yuan (1279-1368), où animaux et humains se découvrent et s’accouplent, comme dans un paradis où les divisions, religieuses, ethniques, idéologiques ou politiques sont effacées. Ces œuvres sont réalisées à l’aide d’une technique de peinture méticuleuse gongbi, appliquant couche par couche des lavis d’encre et de couleur sur soie. La série a aussi bénéficié de l’expertise de la manufacture de Sèvres qui a réalisé onze vases en porcelaine selon une méthode oubliée et redécouverte (pâte sur pâte pour obtenir un relief) sur les dessins de l’artiste.

Dans les séries commencées en 2013 This is still landscapes  et This is still flowers, Yang Jiechang utilise la technique traditionnelle et méticuleuse du pinceau chinois pour copier, en les magnifiant et en les réinterprétant, des œuvres qu’Adolf Hitler a peintes en 1914, à l’âge de 25 ans.

J’ai encore une valise à Berlin. Encre et couleurs sur soie. Années 2000.

Tale of the eleventh day (détail). Encre et couleurs sur soie. 2018.

En 2005, Yan Jiechang a aussi conçu un drapeau pour la région du delta de la rivière de la Perle, sur lequel est écrit en caractères chinois et en lettres latines «  We are good at evrything, except for speaking mandarin PRD » (Nous sommes bons à tout, sauf pour parler le mandarin Pearl River Delta). Derrière cet humour cantonais se cache la réalité de la « mandarinisation » de la région.

We are good at evrything, except for speaking mandarin PRD. Encre et acrylique sur soie. ©Hanart TZ Gallery.

Il est utile de rappeler que Yang Jiechang a participé à de nombreuses expositions de par le monde, dont « L’encre en mouvement » au musée Cernuschi en 2023. Ses œuvres sont exposées dans des musées aussi bien en Chine qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

En tant que taoïste, Yang croit cependant que seule l’étude du mal permet de comprendre la vertu, et que l’examen du laid permet de trouver la beauté : « Ce qui m’intéresse, c’est de transformer les événements difficiles ou les catastrophes en beauté. L’aspect spirituel du pinceau permet de métamorphoser la réalité »,

Cette visite a permis d’appréhender l’œuvre d’un artiste de renommée internationale vivant en parfaite harmonie entre culture asiatique et culture occidentale. Que lui et son épouse soient remerciés pour leur présentation et pour la qualité de leur accueil.

 

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