Protéger, guider le peuple par l’image : des estampes populaires aux affiches de propagande, aperçu des arts graphiques vietnamiens (XIVe– XXe siècles)

Mercredi 18 mai 2016 : Protéger, guider le peuple par l’image : des estampes populaires aux affiches de propagande, aperçu des arts graphiques vietnamiens (XIVe– XXe siècles) par Thanh-Trâm Journet, Conférencière au musée Cernuschi.

Avant d’aborder les œuvres estampées, il est utile de faire un rappel sur le support qui est le papier. L’apparition du papier se fait en Chine mais la technique va se diffuser dans toute l’Asie. Si la technique est plus ou moins la même, il va y avoir des différences entre un papier chinois, japonais, coréen ou vietnamien selon la matière première utilisée.
Au Vietnam, le papier traditionnel dó, porte le même nom que l’arbre à partir duquel il est fabriqué. L’écorce de cette plante grimpante est d’abord mise à macérer dans un bain de chaux, puis elle est cuite pendant plusieurs heures dans de grandes cuves en fonte. On sépare ensuite les écorces sombres des claires pour obtenir deux qualités de papier. Retrempée à l’eau de chaux, la pulpe obtenue est pilonnée et mélangée à de la colle végétale (mo–clérodendron). Le séchage se fait sur des tamis en bambou. Les feuilles ainsi obtenues sont très souples et hydrophiles. Pour cent kilos d’écorce, on obtient seulement 5 ou 6 kilos de papier. Cela explique la raison pour laquelle le marché est très limité. Pour obtenir un papier blanc on enduit les feuilles d’un mélange de colle et de poudre de la nacre d’un coquillage qui leurs confère un aspect blanc, on appelle alors le papier giây điêp.

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Travail d’estampage au village de Dông Hô.

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Estampe figurant une truie et ses petits.

L’estampage n’a pas réellement changé depuis des siècles et se fait toujours par xylographie. Cette technique a probablement été importée de Chine au début de notre ère. Sans pour autant connaître le contexte exact dans lequel elle a fait son apparition, nous pouvons néanmoins le relier à la présence chinoise et peut-être la diffusion du bouddhisme. Les planches les plus anciennes datent du 15ème s. et si les textes xylographiés anciens sont rares, les images le sont encore plus. Les plus anciennes images qui nous soient parvenues datent du 19ème s. La collection réunie par Maurice Durand, reste avec l’ouvrage d’Henri Oger, les techniques du peuple annamite, la principale source d’information. La rareté des images est probablement liée aux conditions climatiques, mais aussi, par le fait que ces estampes populaires étaient et sont toujours utilisées pour des occasions particulières telle la fête du Nouvel An lunaire et, après, sont soit détruites soit utilisées comme papier d’emballage. Ces images s’adressent à toutes les couches de la société avec un répertoire très varié et font preuve d’une grande spontanéité dans le dessin. Le monde rural est un sujet très fréquemment évoqué et particulièrement les activités liées à la production du riz, mais aussi les festivals et fêtes populaires. Cette imagerie populaire n’est pas exempte d’humour satyrique et d’un caractère léger voire licencieux.
Le village de Dông Hô, situé au Nord-est d’Hanoï est spécialisé dans la fabrication d’estampes populaires. Ce village qui a été réputé depuis le 16ème siècle, a connu son apogée de la fin du 18ème s. jusqu’en 1944 et la quasi-totalité de la population pratiquait l’estampage. Autrefois, arborer les estampes populaires de Dông Hô à l’occasion du Nouvel An lunaire était une tradition des habitants du delta du Fleuve Rouge. Depuis 2015, grâce au soutien de l’UNESCO, le village a retrouvé une activité importante et continue de promouvoir cette culture traditionnelle qui fait partie du patrimoine vietnamien. Il y a maintenant des expositions d’estampes traditionnelles aussi bien au Vietnam qu’au Japon ou en Corée.
Les estampes sont réalisées à partir de plusieurs planches, une pour le dessin et une par couleur. Un des charmes de ces images est la conséquence d’un travail artisanal car les couleurs débordent parfois. Une autre technique consiste à colorier le dessin à l’aide d’un pinceau, ce qui donne un plus grand fini et une palette beaucoup plus riche. Les images de ce type sont réservées plus particulièrement pour le Nouvel An ou des occasions particulières et elles font plus référence à un répertoire d’origine chinoise.

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En plus de l’imagerie populaire il y a aussi toute une imagerie taoïste.
A la veine satyrique va se mêler la caricature dans l’imagerie populaire à partir de 1925 sous l’influence de l’Ecole des Beaux Arts d’Indochine où on enseigne à la fois les techniques traditionnelles vietnamiennes  et les techniques occidentales. Les étudiants qui sont sortis de cette école ont atteint l’âge mûr au moment de la Guerre du Vietnam. Certains de ces artistes vont intégrer les rangs du Vietminh et vont mettre leur art au service de la propagande du parti communiste vietnamien pour créer une hagiographie révolutionnaire. L’utilisation de la bande dessinée va permettre de faire passer un message à une population qui ne sait pas toujours bien lire. A partir des années 1950 on voit aussi des images réalisées dans le style du réalisme socialiste qui font appel à la solidarité sociale et démontrent que ce que le régime peut apporter au peuple. Dans les années 1960, le Secrétaire Général du parti va mettre en place une équipe d’artistes qui vont organiser des expositions de ces affiches de propagande. De nouveaux thèmes vont être utilisés et on va beaucoup souligner le rôle des femmes dans l’effort de guerre. S’il n’y a peu ou pas de représentations de combats, les combattants sont représentés armés mais dans le calme ou au repos avec une évocation du quotidien. Ceci serait dû au fait que les artistes considéraient que c’était le rôle de la photographie de montrer les horreurs de la guerre et que leur rôle était de montrer la vie.

L’imagerie populaire connaît aujourd’hui un certain succès avec le tourisme mais une autre veine se développe sous l’influence d’artistes contemporains.

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Marchande d’estampes dans la rue.

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Estampe figurant une carpe.

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Estampe figurant la cueillette des noix de coco (connotation sexuelle).

 

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