Mingei Bamboo Prize
Visite commentée à la Galerie Mingei.
Cette visite était consacrée à la troisième édition du Mingei Bamboo Prize, créé en 2021 en partenariat avec le musée Guimet et organisé cette année avec le musée du Quai Branly – Jacques Chirac.
Ce prix vise à soutenir et à promouvoir l’art japonais du bambou ainsi que la création contemporaine dans ce domaine.
La vannerie artistique japonaise se développe surtout à partir de la fin du 19ème siècle, notamment à Osaka et dans plusieurs régions du nord du Japon. Durant l’époque d’Edo (1603-1868), les paniers utilisés pour l’ikebana et la cérémonie du sencha étaient encore largement importés de Chine et appréciés par les lettrés japonais.
La diminution de ces importations favorisa progressivement une production locale inspirée des modèles chinois, désignée comme karamono utsushi. À partir des années 1860, les artisans japonais commencèrent également à signer leurs œuvres, donnant à celles-ci une véritable identité artistique. Pendant près d’un siècle, ces objets restèrent principalement fonctionnels et destinés notamment aux arrangements floraux, avant que les artistes ne s’émancipent progressivement de cet usage. Le bambou devint ainsi le matériau d’œuvres sculpturales autonomes, nourries, aussi par des influences modernes, notamment le « fiber art » américain et certaines traditions amérindiennes.
Pour l’édition 2026 du prix, un appel à candidatures lancé au Japon a réuni 31 artistes, dont 14 œuvres ont été retenues selon des critères de maîtrise technique, d’innovation et de créativité. Plusieurs artistes sélectionnés sont issus du studio de Tanabe Chikuunsai IV, l’un des rares ateliers japonais assurant encore une véritable formation de disciples. L’apprentissage est particulièrement exigeant : il faut au moins trois années de formation avant de commencer réellement le travail de tressage. Le Japon compte environ 600 variétés de bambou, mais seules une quinzaine sont couramment employées dans cet art ; certaines œuvres utilisent notamment le yadake, autrefois utilisé pour fabriquer les flèches des samouraïs. Le bambou peut être teint avant le tressage, puis l’ouvrage terminé est laquée ; les assemblages sont parfois réalisés avec du rotin importé de Thaïlande. Chaque œuvre possède un titre et une signature, qui constituent à la fois son identité et une forme de « pedigree » permettant d’en retracer l’auteur et la provenance.
L’exposition montrait ainsi la transformation progressive d’un artisanat utilitaire en un art contemporain à part entière, aujourd’hui collectionné par des musées, des amateurs privés et des spécialistes de l’ikebana.
![]() IKEDA Yoshihiro. Ryūseki (Sillage de particules). 2025. Bambou madake, rotin, Tabane-ami et ajiro-ami. © Maëlle Schmitt. |
![]() HONMA Hideaki. Ryūmon II (Ondes II). 2024. Bambous madake et nemagaridake, rotin et laque urushi. © Maëlle Schmitt. |
![]() SHIMIZU Takayuki. Baku « Asservissement ».2025. Bambou madake, rotin, laque urushi Mutsume-ami, tressage à six mailles et lamelles laquées traversantes. © Maëlle Schmitt. |





