Manga tout un art !
Viste-conférence de l’exposition Manga tout un art ! au MNAA-GUIMET.
Le sens du terme manga, apparu à la fin du 18ème siècle, a beaucoup évolué depuis son sens initial de dessins divers exécutés par des artistes, à celui de caricature, puis à celui de bande dessinée. Si les maîtres de l’estampe du 19ème siècle, tels qu’Hokusai (1775-1849) ou Kyōsai (1831-1889), réalisaient des séries séquentielles où l’humour et la mise en scène du mouvement étaient bien présents, c’est à la fin du 19ème siècle que se fait la transition. Sous l’ère Meiji, l’ouverture du Japon entraîne une modernisation de la presse écrite qui va s’inspirer de journaux satiriques occidentaux. Sous l’impulsion de Charles Wirgman (1832-1891), correspondant anglais pour le Illustrated London News au Japon, apparaît The Japan Punch qui s’adresse à un lectorat d’expatriés. Le Japon est en pleine mutation et Georges Ferdinand Bigot (1860-1927) publie ses dessins humoristiques dans sa revue Tobae. C’est dans ce contexte que se développe l’œuvre de Kitazawa Rakuten (1876-1955) qui fonde, en 1902, le Tokyo Puck destiné à un lectorat japonais. Il participe à la naissance d’un manga moderne, dans son sens de « dessin comique » avant de prendre celui de bande dessinée.
![]() Charles Wirgman. The Japan Punch. Yokohama.1867. |
![]() Kitazawa Rakuten. Tokyo Puck. N°33. 1907. |
![]() Kitazawa Rakuten. Tokyo Puck. N°33. 1907. |
![]() Vélo de kamishibai équipé de son petit théâtre en bois. Japon. 1934. |
Une forme intermédiaire est aussi le kamishibai, apparu durant l’entre-deux guerres, utilisant un ensemble de planches illustrées pour accompagner une histoire racontée par un conteur et destinée à un public jeune. Les planches s’inséraient dans un cadre de bois évoquant un théâtre. Les histoires comprenaient des monstres, des détectives, des pirates, des robots, etc..
Durant la même période, l’explosion de la presse populaire et de l’imprimerie voit l’apparition de manga destinés aux jeunes et ceux destinés aux adultes. Les premiers manga se présentent sous forme de comic strips dans des périodiques où ils racontent une histoire sur une seule page. Des livres de bandes dessinées sur les modèles occidentaux voient aussi le jour, tel que Norakuro de Tagawa Suiho (1899-1989), histoire d’un chien-soldat qui reflète la militarisation du Japon dans les années 1930.
![]() Tagawa Suiho. Norakuro. Planche originale. Volume 7. 1945.Encre de chine, encres de couleur et collage sur papier. |
![]() Tezuka Osamu. Le Pays des Robots. Astro Boy. 1964. Éditeur Kodansha. |
![]() Tezuka Osamu. Illustration d’ouverture du chapitre Astro Boy : Le Fantôme Gazeux. 1952. Encre sur papier. |
![]() Kazuo Kamimura. Lady Snowblood, sortie de bain sur la Sumida. Encre, gouache sur papier. 1972. |
Après 1945, la production se structure et Tezuka Osamu (1928-1989) en est la figure centrale. Il industrialise la narration et démocratise le médium avec la série d’Astro Boy entre autre. Son influence va façonner les genres et la mise en page. La synergie entre les mangas et les dessins animés se fait tellement sentir dans les années 1960 que la création de séries est conçue pour les deux supports. C’est aussi la période où on distingue le shōnen pour jeunes garçons, le shōjo pour jeunes filles, le seinen/josei pour adultes, etc.
![]() Shirato Sanpei. Kamui-Den. Planche originale. Volume 1, chapitre 5. 1964-67. Encre sur papîer. |
![]() Mizuki Shigeru. La Voiture Fantôme. Planche originale de Kitaro le repoussant. 1959-1969. Dessin à l’encre sur papier. |
![]() Ikeda Riyoko. La Rose de Versailles. 1972-73. Reproduction photographique. |
Les années 1960 voient la naissance du mouvement gekiga qui présente un dessin plus réaliste, une certaine violence, des thèmes sociaux et un discours qui s’adresse plus aux jeunes adultes. Ce nouveau type connaît une diffusion massive au sein de l’industrie du manga. À la fin des années 1950, on pouvait voir l’émergence d’un imaginaire lié au Japon féodal, samouraïs, ninjas et rōnins. Cette veine sera portée par des mangaka comme Shirato Sanpei (1932-2021) ou Hirata Hiroshi 1937-2021). Mizuki Shigeru (1922-2015) s’inspire plus du folklore avec les yōkai (gobelins, monstres, démons ou esprits) tandis que Ishinomori Shōtarō (1938-1998) puise dans la science-fiction et les super-héros.
Comme dit précédemment, les manga shōjo sont plutôt destinés à un public de jeunes filles et Princesse Saphir de Tezuka Osamu s’appuie sur un récit relevant du merveilleux et plein d’aventures qui ouvre la voie à d’autres mangaka comme Ikeda Riyoko (né en 1947) avec La Rose de Versailles.
Le shonen manga est aujourd’hui le plus répandu et One Piece de Oda Eiichiro (né en 1975) connaît toujours le même succès depuis 1997 et poursuit sa carrière.
![]() Une des dix premières publications de Dragon Ball dans le weekly shonen JUMP. 1984-88. Éditeur Shueisha. |
![]() Toei Animation/bird studio d’après Toriyama Akira. La Rencontre avec Gyumao. Dragon Ball Saga. 1988-89. Celluloïd, gouache et crayon. |
![]() Oda Eiichiro. Première Apparition du Dragon Kaido. Facsimilé d’une planche originale de One Piece. 2019. Éditeur Shueisha. |
Avec la généralisation de la télévision couleur dans les années 1970, les best-sellers de l’édition sont presque toujours adaptés à la télévision et on voit une collaboration durable entre les studios d’animations et les éditeurs de bandes dessinées. Ainsi l’adaptation animée de Dragon Ball Z d’après l’œuvre de Toriyama Akira (1955-2024) va conquérir le monde de même que des séries telles que Goldorak, Albator ou Trois Chevaliers du Zodiaque qui vont être programmées sur les chaînes de télévisions du monde entier.
![]() Créature mythique (Tengu). Masque de danse rituelle (Kagura). Fin du 19ème siècle. Bois de cèdre sculpté et peint. |
![]() Urokodaki, le maître de Tanjiro portant le masque de Tengu. |
![]() Goldorak. Figurine. |
![]() Julien David. Collection Automne-Hiver 2016. Impression sur tissus. |
L’exposition met aussi en lumière des croisements inattendus : influence d’estampes classiques sur le manga contemporain mais aussi éléments empruntés à la culture japonaise tels que les cornes d’un casque de samouraï se retrouvant sur celui de Goldorak ou le maître de Tanjiro dans Demon Slayer qui porte un masque figurant une créature mythique (tengu), inspiré de celui porté lors de la danse rituelle kagura.
Force est de constater que la culture manga a largement débordé le cadre de ses origines en touchant un public constitué tant de jeunes que de senior. Ainsi sa présence dans les jouets, les jeux video, les accessoires de toutes sortes et les modes vestimentaire n’épargnant pas la haute couture, témoigne de sa profonde évolution.




















