Société des Amis du Musée Cernuschi

Historique du musée Cernuschi

Le musée Cernuschi, spécialisé dans l'art et l'archéolgie de la Chine antique, porte le nom de son fondateur, ardent républicain, à la vie mouvementée.

Henri Cernuschi naît le 19 février 1821 à Milan, d’une famille originaire de Monza. Après des études de sciences à Milan et de droit à Pavie, il obtient en 1846 un brevet d’avocat. En 1848, aux côtés de Carlo Cattaneco, Giulio Terzaghi et Giorgio Clerici, il prit une part active à la libération de Milan du joug autrichien. Après la récupération du Piémont par les troupes impériales, Cernuschi gagna Rome et fut élu député de l'éphémère République Romaine (1848-1849) anéantie par l'expédition française du général Oudinot. Cernuschi, arrêté, jugé par deux fois, en janvier et en juillet 1850, et deux fois acquitté, poursuivi tout à la fois par les Autrichiens et les autorités papales, obtient de se réfugier en France.

Ses deux premières années à Paris furent particulièrement dures. Vivant de leçons d’italien et de travaux de copiste, il étudia avec ardeur les langues, les problèmes économiques et bancaires. En 1852, il entra sur recommandation de Bonaparte, prince de Canino, cousin de Louis Napoléon, au Crédit Mobilier dirigé par Isaac Pereire (1806-1880). Après une promotion rapide, il devint membre du conseil d’administration. De 1858 à 1862, le commerce de la viande ayant été libéralisé, Henri Cernuschi se lança dans une entreprise de boucherie qui se révéla désastreuse.

L’année 1865 voit l'édition de son livre majeur Mécanique de l'échange qui devait lui ouvrir les portes de la haute finance. Partisan du bimétallisme, il laisse une abondante bibliographie spécialisée qui eut une grande influence en son temps. Son habilité et son intégrité lui permirent de servir d’intermédiaire dans des transactions importantes à Londres et à Tunis. A la demande de banquiers désireux de fonder un établissement capable de rivaliser avec la Banque de France, il rédigea un « statut fondamental » qui eut un succès tel qu’il devint, en 1869, l'un des trois premiers directeurs de la Banque de Paris.

En 1870, Henri Cernuschi renonce à son poste à la banque et prend une participation majoritaire au journal Le Siècle, se consacrant au progrès des idées républicaines et libérales. Ardent républicain et ami de Léon Gambetta (1838-1882), Henri Cernuschi soutint financièrement le comité contre le plébiscite en faveur de l'empire. Cette action lui vaudra d’être exilé. Gambetta lui annoncera dans sa retraite de Genève, par télégramme, l'écroulement de l'empire. Dès son arrivée à Paris, le 4 septembre 1870, Henri Cernuschi aura le plaisir d’assister à la proclamation de la République à l'Hôtel de Ville de Paris. Membre dynamique de la commission des subsistances lors du siège de Paris par les Prussiens, il fut naturalisé français le 29 janvier 1871, le lendemain de l'armistice.

Durant la Commune de Paris, sa volonté de réconciliation entre communards et versaillais sur des bases fédéralistes fut incomprise. Avec son ami Théodore Duret (1838-1927), il arriva trop tard pour empêcher l'exécution par les insurgés de Gustave Chaudey, rédacteur en chef du Siècle et maire-adjoint du IXe arrondissement, incarcéré à la prison de Sainte-Pélagie. Faits prisonniers à leur tour par le général de Lacrételle et condamnés à mort, par un ordre oral non confirmé par écrit les deux amis échappèrent de peu au peloton d’exécution.

Ces événements dramatiques affectent profondément Henri Cernuschi. Retiré de la rédaction du Siècle, il décide d’entreprendre avec Théodore Duret un long périple autour du monde (septembre 1871 - janvier 1873). Deux étapes se révéleront essentielles : le Japon (octobre 1871 - février 1872) où à partir de 1868 les réformes de l'ère Meiji entraînaient de profonds bouleversements religieux et économiques, alimentant un abondant marché d’antiquités, et la Chine (février - juin 1872), alors en pleine décadence. Ce séjour en Extrême-Orient, raconté d’une manière vivante par Théodore Duret dans son Voyage en Asie édité en 1874, fut l'occasion pour les deux compères de constituer une importante collection. Par son goût et son sens inné de l'objet, Henri Cernuschi rassembla un immense ensemble de bronzes de toutes époques, loué avec raison en son temps. Les livres illustrés passionnent davantage Théodore Duret., qui en fit don à la Bibliothèque Nationale.

A son retour à Paris, Henri Cernuschi eut l'opportunité de présenter ses achats au public d’août 1873 à la fin du mois de janvier 1874, à l'occasion du congrès annuel des orientalistes, lors d’une Exposition Orientale qui se tenait au Palais de l'Industrie. Le succès fut considérable tant auprès des curieux que des artistes modernes, fascinés alors les oeuvres japonaises.

Henri Cernuschi acquit avenue Vélasquez, à l'orée du Parc Monceau, un terrain relativement modeste et tout en longueur. Son architecte, William Bouwens van der Boijen (1834-1907), édifia avec habilité un petit hôtel organisé autour d’une salle immense, inspirée d’un portego d’un palais vénitien, destiné à abriter les collections asiatiques du maître de maison, dominé par le Grand Buddha de Meguro qu’il avait rapporté du Japon et ouvrant sur l'extérieur par une immense serlienne. Les salles de réceptions se déployaient dans le reste du premier étage. Le second, sur l'avenue, abritait l'appartement d'Henri Cernuschi et des chambres d’amis, et l'arrière du bâtiment les domestiques.

L’architecture de cette demeure tranche avec les immeubles de la plaine Monceau et s’apparente plus au style néoclassique qui avait cours en Italie du Nord vers 1840.

Le régime de la IIIe république correspondait à la plupart des idéaux pour lesquels Henri Cernuschi avait lutté toute sa vie. En grande partie retiré de la vie politique, Cernuschi, célibataire fastueux, consacra désormais son temps à voyager, à mener une vie sociale intellectuelle et brillante et à participer à divers congrès.

Henri Cernuschi meurt à Menton le 11 mai 1896. Il léguait à la Ville de Paris son hôtel particulier et les cinq mille oeuvres de sa collection d’art asiatique. Désormais sa mémoire allait se confondre avec l'histoire du musée qui porte son nom.

C’est à Eugène-Benoit Causse, secrétaire d’Henri Cernuschi, qu’incomba la tâche d’assumer l'ouverture de la demeure en musée. Le vernissage, initialement prévu le 12 octobre 1898 sera reporté le 26 du même mois.

Nommé conservateur du musée Cernuschi, il fut promu conservateur honoraire en 1905. On lui affecte en 1902 un conservateur-adjoint en la personne de Pierre Despatys. Comme en témoignage des photographies anciennes, l'emplacement des meubles et des objets restaient fidèles à l'ordonnancement du temps de leur propriétaire même si la maison avait été dépouillée des oeuvres occidentales, non incluses dans le legs et reprises par la famille Cernuschi.

En 1905, nouveau conservateur, Henri d’Ardenne de Tizac (1877-1932) devait totalement transformer l'institution. D’une maison de voyageur curieux des objets lointains, il fît un musée moderne, donnant une impulsion qui se poursuit encore aujourd'hui. Ce personnage attachant et son épouse Andrée Husson, plus connue sous son nom d’écrivain Andrée Viollis, sont mieux connus depuis l'étude de Mademoiselle Anne Sudre (1998). Il spécialise le musée dans l'art et l'archéologie de la haute antiquité chinoise, en liaison étroite avec de grands sinologues de son temps, tels Edouard Chavannes (1865-1918) et Paul Pelliot (1878-1945).

La collection Cernuschi, reclassée, fut présentée avec une plus grande rigueur. Malgré la modestie des crédits, il multiplie les acquisitions et suscite des donations importantes. En 1920, à la vente de la liquidation Worch, outre cent trente huit pièces, il put acheter le fameux vase you en forme de félin, surnommé "La Tigresse" (M.C. 6155), chef-d’oeuvre absolu de l'époque des Shang ((env. 1550 - 1050 av. J.-C.). Grâce à la générosité de Léon Wannieck (1875 - 1955), célèbre antiquaire parisien, entre au musée des oeuvres aussi importantes que le grand bodhisattva de Yungang ( M.C. 6332).


Henri d’Ardenne de Tizac Henri d’Ardenne de Tizac (bibliographie) fonda en 1922 la Société des Amis du musée Cernuschi pour l'aider à enrichir les collections. Son premier don, en 1925, un grand linteau de la fin des Han de l'Ouest (25-220) (M.C. 6862), devait être le début d’une suite ininterrompue de libéralités jusqu’à nos jours. Le conservateur initia une politique active d’expositions. La plus importante fut peut-être celle consacrée à l'art bouddhique, en 1913 et qui comptait six cent quatre vingt quinze numéros. Henri d’Ardenne de Tizac, fortement ébranlé par une tuberculose rénale contractée durant la guerre, mourut dans son appartement du musée Cernuschi en décembre 1932.


René Grousset (1885-1952) (bibliographie) lui succéda en avril 1933. Cet historien de l'Asie dont les nombreux ouvrages synthétiques, à l'érudition sans faille, marquèrent son temps. Déjà conservateur-adjoint du musée Guimet depuis 1925, il oeuvra dans les deux maisons. Il suscita d’importants travaux de rénovation au premier étage du bâtiment, de 1934 à juin 1935, sous la direction de l'architecte général de la Ville de Paris, Pierre Fournier. Ainsi dans la grande salle, le Buddha de Meguro, originellement placé au centre de la pièce, fut repoussé sur le mur du fond et le balcon orné de dragons japonais en bois, démonté. Au somptueux rouge pompéien qui recouvrait les murs depuis l'époque d’Henri Cernuschi, succéda un ton beige clair au goût du jour. En partie basse, les structures du XIXe siècle furent doublées par de grandes vitrines qui pouvaient être dissimulées à volonté par des panneaux coulissants. Dans la partie supérieure une ravissante balustrade de style art déco délimitait des coursives.

René Grousset

Avec le musée Guimet, le musée Cernuschi subventionna la Mission archéologique d’Olov Jansé au Vietnam qui devait enrichir les institutions parisiennes de nombreuses pièces de Thanh-hoa.

En 1944, René Grousset fut nommé conservateur en chef du musée Guimet, assurant la direction des deux institutions. Après la deuxième guerre mondiale, le réaménagement du musée Guimet, le transfert place d’Iéna des collections du département des arts de l'Extrême-Orient du Louvre, les charges qu’entraîna sa nomination à l'Académie Française, sa participation active à diverses sociétés savantes et la mise au point de ses derniers manuscrits, accaparèrent la plus grande partie de ses huit dernières années.

La bibliothèque de René Grousset entra dans le patrimoine de la Ville de Paris en 1954, deux ans après sa mort. Elle constitue le noyau central de la bibliothèque du musée Cernuschi qui porte son nom.


Vadime Elisseeff

Fils du japonologue Serge Elisseeff (1889 - 1975), Vadime Elisseeff (1918 - ) (bibliographie) est attaché au musée Cernuschi depuis 1942, succéda à René Grousset comme chef d’établissement et dirigea l'institution durant trente ans (1952-1982). La première décennie fut la plus brillante, marquée par la rénovation du rez-de-chaussée du bâtiment, désormais consacré aux galeries permanentes.Ces travaux furent menés par Pierre Rousseau de 1958 à 1962. Des acquisitions importantes tel l'achat de plusieurs bronzes archaïques majeurs, en 1956 du rouleau Chevaux et Palefreniers (M.C. 8808) dans le style de Hangan (actif 715 - après 781) et en 1960 de la collection Coiffard, riches en agrafes et miroirs de l'époque des Royaumes Combattants (481 - 221 av. J.-C.) et des Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.), devaient profondément transformer la collection. Il en est de même en 1955 des dons de Madame Marie-Madeleine Wannieck après le décès de son époux. L’intérêt tout particulier de Vadime Elisseeff pour la peinture extrême-orientale devait en 1953 susciter le don du docteur Guo Yushou (Kuo Yu-shou) de son importante collection de peintures chinoises modernes mais de style traditionnel. Ce fonds sans cesse enrichi depuis, constitue un ensemble unique en Europe. La conservation du musée Cernuschi fut chargée du commissariat scientifique de la première exposition des découvertes archéologiques en Chine populaire, Trésors d’art chinois, en 1973 au musée du Petit Palais. En 1977, Vadime Elisseeff signait le catalogue raisonné d’une partie des collections du musée (Bronzes archaïques chinois au Musée Cernuschi Vol. 1), hélas laissé sans suite. En 1982, Vadime Elisseeff quitta le musée Cernuschi pour prendre la direction du musée Guimet (1982-1986).


Marie-Thérèse Bobot

Marie-Thérèse Bobot (bibliographie) fît toute sa carrière au musée Cernuschi. Les années de son conservatoriat en Chef (1982-1994) furent marquées par une reprise d’une politique ambitieuse d’acquisitions, concernant en particulier l'époque des Han et la peinture chinoise du XXe siècle. Elle illustra d’ailleurs ce dernier domaine par de nombreuses expositions temporaires, prolongeant sur ce point l'action de Vadime Elisseeff. Elle fut la première à bénéficier des arrérages bi-annuels de la Fondation Antoni Laurent, gérée par la Fondation de France, qui complètent avec bonheur les crédits d’acquisitions et constituent un mécénat précieux et intelligent.


Gilles Béguin

Gilles Béguin (bibliographie), fut nommé assistant stagiaire des musées nationaux en 1970 et titularisé conservateur en 1971. Durant vingt trois ans, il fut responsable de la section des arts du Népal et du Tibet au Musée national des Arts asiatiques - Guimet. En octobre 1994, il est nommé conservateur en chef du musée Cernuschi. En 1997, il est nommé Conservateur-général du Patrimoine.

Régulièrement enrichi par des dons et des achats, le musée Cernuschi compte aujourd'hui plus de douze mille pièces. Une rénovation architecturale permet aujourd'hui un meilleur déploiement des collections. Des expositions temporaires au rythme de deux par an contribuent à faire du musée Cernuschi une étape incontournable pour tout amateur des arts de l'Extrême Orient.

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© Marc Michiels

Le Musée Cernuschi, Musée des arts de l'Asie de la Ville de Paris

Le Musée Cernuschi fut fondé par Henri Cernuschi (1821-1896) qui légua à la Ville de Paris son hôtel particulier de la Plaine Monceau et les 5000 oeuvres asiatiques acquises, pour la plupart, lors du tour du monde qu’il effectua de 1871 à 1873 en compagnie du jeune critique d’art Théodore Duret (1838-1927).Le musée fut inauguré le 26 octobre 1898. 

L’institution abrite aujourd’hui plus de 12 000 œuvres et documents. Ce fonds diversifié s’enrichit régulièrement par des achats, des dons-en particulier de grandes entreprises- et des legs. Ses collections d’art chinois se situent au cinquième rang européen...

Les salles présentant les collections permanentes privilégient l’archéologie et l’art chinois de la période néolithique à la fin de la dynastie des Song (960-1279), Ce parcours, ponctué de plusieurs chefs d’œuvre absolus de l’art chinois, constitue une parfaite introduction à l’esthétique de l’Empire du Milieu. 

Depuis mai 1911, le musée organise des expositions temporaires au rythme habituel de deux manifestations par an. Ces évènements, suivis par un large public, relient l’institution aux autres musées du même domaine, tant en Chine, qu’aux USA et en Europe.  

Fermé en novembre 2001 pour une rénovation architecturale complète, le musée, depuis juin 2005, se hisse désormais au plus haut niveau international, tout en conservant l’atmosphère intimiste d’une collection particulière. Les abords du Parc Monceau lui confère un charme particulier.

Informations pratiques



7, avenue Vélasquez
75008 Paris, France
Tel +33 (0) 1 53 96 21 50
Fax +33 (0) 1 53 96 21 96 

Métro : Villiers ou Monceau

Bus 30 et 94 

Ouverture de 10 h à 18 h. Fermé les lundis et jours de fêtes

L’accès aux collections permanentes est gratuite.

En juin 2005, le musée Cernuschi rouvre ses portes : des espaces agrandis et plus fonctionnels

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© Marc Michiels

Une rénovation conjuguant modernisation et réhabilitation de décors d'origine

Tout en développant la fonctionnalité du bâtiment, les architectes se sont attachés à retrouver l'esprit de la demeure florentine, la cohérence de l'architecture intérieure et extérieure avec notamment une remise en état des façades. De nombreux éléments originaux ont été gardés voire retrouvés et restaurés dans les parties jugées historiques. Les parties nouvelles et le mobilier sont résolument contemporains.

Agrandissements

  • 3241 m² sont désormais utilisables, soit plus de 923 m2 supplémentaires
  • 900 oeuvres exposées en permanence sur 1 000 m² soit 300 de plus qu'auparavant ;

    Nouveaux espaces

  • Une salle de conférences de 45 places, équipée pour l'audiovisuel et dotée d'une boucle magnétique pour les mal entendants ;
  • La création d'un cabinet d'art graphique où sera conservé et consulté le fonds de 1 200 peintures, dessins et estampages ;

    Réhabilitations et réaménagements

    Le jardin réaménagé dans l'esprit des jardins asiatiques
  • Le fumoir d'Henri Cernuschi rendu à son état d'origine, afin de rappeler le souvenir du grand collectionneur ;
  • L'escalier réhabilité dans son esprit du XIXe siècle. Une jolie frise peinte dans la retombée du plafond a été découverte durant les travaux et restaurée ;

    Mises aux normes

  • Une climatisation réglée pour la préservation et la présentation des oeuvres les plus fragiles ;
  • Des réserves adaptées aux normes modernes de sécurité ;
  • Des circulations conçues pour les personnes handicapées : tous les niveaux accessibles de plain-pied et des ascenseurs équipés de boutons en braille.

    Télécharger le dossier de presse réouverture - 4,7 Mo

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