Eric Lefebvre présentait la collection de dix neuf éventails peints et feuilles d’album récemment acquise par le Musée grâce au mécénat du C.C.C., des Amis du Musée, et de la Ville de Paris.
Cet ensemble qui couvre les 16ème, 17ème, 18ème et 19ème siècles est parfaitement représentatif de la peinture de lettré avec l’inspiration littéraire au cœur des œuvres.
Ce peintre emblématique de l’école de Wu (aujourd’hui Suzhou, qui fut une ville florissante et un centre culturel important à l’époque des Ming) peut être considéré comme un modèle du lettré artiste. Wen pratiqua différents styles sans jamais s’enfermer dans un seul, que ce soit en calligraphie comme en peinture.
Eric Lefebvre rappela l’importance du rôle des éventails pliants (innovation des
Ming, mode peut-être importée du Japon) dans les rapports sociaux : le père Mathieu Ricci témoigne qu’il conservait les éventails qu’on lui donnait dans un coffre afin de pouvoir lui-même en offrir.
La calligraphie en semi-cursive, peinte sur un papier doré est un poème.
Les traces d’usure sur les pliures prouvent que l’éventail a servi.
L’œuvre renvoie au poète et calligraphe Su Dongpo de l’époque des Song et son évocation poétique d’un paysage : le poème de la falaise rouge, œuvre qui se termine par une note mélancolique et métaphysique.
Cette œuvre est dans le premier style de Wen : calligraphie minutieuse et paysage traité de manière miniaturiste avec des couleurs.
Cette œuvre illustre la pluralité des styles de Wen dans une composition plus large, moins minutieuse, avec une grande ouverture du paysage traité dans les tons bleu-vert antiquisant.
Cet éventail illustre la « préface du pavillon des orchidées », célèbre poème de Wang Xizhi (4ème siècle de notre ère) qui évoque une journée où, libérés de leurs tâches, des lettrés se réunissent pour une joute littéraire. La peinture narrative évoque parfaitement l’accomplissement poétique et se conforme au format du rouleau horizontal avec un premier plan ouvert et des bosquets fermant en diagonale la moitié supérieure droite.
Neveu de Wen Zhengming, il ne suit pas les recettes de son oncle : les détails sont plus pittoresques, les personnages plus vivants. Wen Boren signe l’œuvre de son surnom, dans la tradition du lettré.
Chen était un spécialiste des orchidées. L’œuvre, très épurée, ose le contraste de la plante verticale dans un format horizontal adouci par les courbes des feuilles.
La calligraphie rappelle le rôle social important des éventails comme cadeaux. Lan, actif à Hangzhou, peint avec une utilisation de couleurs saturées un premier plan très présent d’un pin torturé sur fond de pierre du lac.
Cette feuille illustre bien le travail sur un motif qui sera peut-être intégré plus tard dans d’autres œuvres mais aussi qu’un rocher peut être un sujet en soi.
Dong fut un théoricien de la peinture et eut un rôle pivot (il établit la classification entre école du Sud et école du Nord). Homme de culture, il eut un goût marqué pour la citation stylistique. Ici, le premier plan évoque Wen Zhengming mais l’œuvre est une expression synthétique avec un beau travail de la couleur.

Li fut proche de Don Qichang. Ici, le paysage est travaillé d’une façon elliptique, à la limite de l’esquisse, dans un style très dépouillé.
Fang Cong fut peintre de cour.
le paysage est traité avec amplitude et un goût du pittoresque.
Le peintre retrouve l’esprit de la tradition du lettré. Ici le paysage est traité d’une manière un peu minutieuse.
D’un style évoquant les Song du Nord, le paysage est traité de façon monumentale malgré la petitesse de la feuille.
Ce paysage évoque une scène de la ville de Yangzhou.
Ce paysage renvoie au poème « la falaise rouge » mais dans un style plus réaliste et une expression plus colorée.
En plus de cet important achat, Eric Lefebvre montra une œuvre charnière, don d’un particulier au musée
Ce peintre éminent, proche de la famille régnante des Ming, se tint à l’écart des nouveaux maîtres manchous. Renommé comme peintre de fleurs il fut considéré comme l’un des six grands peintres de l’époque des Qing.
Le paysage est ici traité dans un style dépouillé et le poème évoquent deux peintres de la transition des Yuan aux Ming.
L’éventail est monté en rouleau vertical à la manière japonaise.
14/02/2007. 23:40