
Après une introduction en survol du musée et de son fonctionnement, Christine Hemmet nous fit découvrir le
magnifique auditorium et le théâtre de plein air.
La rampe d’accès aux différents plateaux serpente autour de la réserve des instruments de musique qui sont classés par continents et par familles organologiques, avec quelques écrans diffusant des images de l’utilisation de ces instruments et une ambiance sonore correspondante.
Une particularité importante du Musée du quai Branly est un couloir, « la rivière », aux murs recouverts de cuir dont le programme s’adresse plus particulièrement aux non voyants car comportant un certain nombre d’explications en braille et des « croquis » en relief destinés au toucher. Le programme intègre aussi des bornes multimédias.
Autre innovation : un salon de lecture spacieux, en accès libre, qui permet à tout un chacun de consulter un ouvrage ou un magazine sur place, ceci en plus de la médiathèque réservée aux scientifiques.
La circulation sur le plateau des collections permanentes du Musée se fait de façon fluide d’un continent à l’autre : Océanie, Asie, Afrique et Amérique.
Christine Hemmet a bien insisté sur la complémentarité des collections asiatiques avec celles du Musée Guimet qui montrent l’Art des grandes civilisations mortes alors que le Musée du Quai Branly, dont les collections sont plus contemporaines, croise l’ethnologie et la sensibilité esthétique des peuples qui vivent encore dans ces régions. Il n’y a pas ou très peu d’Arts Premiers dans les pays de grandes civilisations anciennes tels que la Chine, le Cambodge ou l’Inde, pas plus qu’en Grèce ou en Egypte.

La visite proprement dite a commencé par un exceptionnel tambour de bronze de la culture de Dong Son. C’est un des rares objets archéologiques présentés dans les collections mais qui démontre la pérennité de certains motifs dans les cultures des minorités de la région aujourd’hui.
Une expérience intéressante est « la boîte à musique », lieu de découverte d’un événement musical replacé dans son contexte, une approche des rites par la spatialisation du son et la projection d’images de très grandes dimensions sur trois murs : expérience complète de dépaysement.
Le long du parcours asiatique, la complémentarité des multimédias avec les objets exposés est totale : vêtements, tissus et parures ainsi qu’objets de la vie de tous les jours (instruments aratoires, paniers, pipes, armes etc.) car, sur des écrans avoisinants défilent des vidéos et des photos anciennes, mais surtout récentes, de gens portant ces vêtements, utilisant ces instruments, ou les fabricant.
Pour ne citer que quelques points forts des collections :
La Sibérie : une robe cérémonielle en peaux de salmonidés et un remarquable costume complet de chamane.
Le Japon : des décors au pochoir en papier d’écorce et fils de soie.
La Chine des Han : un théâtre d’ombres du Hebei et un rouleau représentant le rite du Premier Sillon de l’empereur Yongzhen, cérémonie qui perdure au sein de nombreuses populations de l’Asie du Sud-Est.
La Chine non Han et la péninsule indochinoise : une collection de vêtements, tissus et parures des cultures Miao ou Hmong, impressionnante par la qualité et la variété des tissages, broderies, et décors teints en réserve (batik) ou créés avec les fils de trame teints avant tissage (ikat). Pour certaines ethnies de ces régions, le costume ou la coiffure reflètent le statut au sein du groupe, et se modifient aux différentes étapes de la vie. La modernité des bijoux en argent des peuples montagnards ou le design épuré des faucilles, coupe-coupe ou autres objets usuels sont étonnants.

Himalaya : Bouddhisme et traditions villageoises, mais surtout un superbe Bouddha en cuivre doré népalais du XIe s. et une rare peinture rituelle tibétaine à double face du XVIIe s.
L’Inde : une intéressante collection de bronzes représentant figurines, animaux, divinité ou êtres fantastiques. De nouveau, dans la transversale des textiles, les tissus pour le drapé sont remarquables de diversité. Un théâtre d’ombres et une déesse aux serpents impressionnante.
L’Asie centrale : un étonnant tapis de feutre ainsi que de somptueux vêtements ouzbeks ou afghans.
Le Proche-orient : un monumental palanquin de dromadaire pour le voyage des femmes provenant de Syrie, une collection de bijoux et d’armes ainsi qu’un théâtre d’ombres d’Irak. Enfin des voiles de visage de femmes bédouines et arabes, tradition qui remonte aux Assyriens mais qui était présente en Grèce ou à Rome et a été intégrée par différentes religions. Cultes et croyances sont reflétés par des objets de protection ou des ex-voto.
Ce merveilleux voyage à travers le temps et les peuples d’Asie fut presque trop court tant la richesse des collections et des commentaires de Christine Hemmet semblaient inépuisable.
07/11/2006. 14:20