Cette conférence complémente une autre conférence qu’elle avait précédemment faite en 2006.
La plupart des briques estampées ou sculptées viennent de la province du Henan, plus particulièrement la région comprise entre Luoyang et Zhengzhou. La plupart ont la propriété d’être décorées sur les deux faces alors qu’une seule devait être visible : effet propitiatoire ?
Brique estampée MC 6159 (fin Han Occidentaux ou début Han orientaux) montrant deux chevaux à l’arrêt se faisant suite. Le style plus fluide évoque celui du Shandong.
Brique estampée MC 5611 montrant le Tigre Blanc de l’Ouest (fin Han Occidentaux ou début Han orientaux). Cette représentation du Tigre Blanc est assez courante et on la retrouve sur d’autres briques, associée à des chevaux ailés, des Oiseaux Rouges du Sud, des grues et des mûriers. Tous ces éléments symbolisent l’ascension du défunt dans le monde de l’au-delà et peuvent être liés au cortège funéraire sur un autre registre.
Brique estampée MC 9216 (fin Han Occidentaux ou début Han orientaux) montrant un guerrier tenant une hallebarde du type qiji à côté d’un cheval. Cette arme d’apparat en bois n’était sortie que pour le cortège funéraire et indiquait le haut rang du défunt.

Brique estampée MC 6333 élément de fronton (fin Han Occidentaux ou début Han orientaux) montrant un exorciste chevauchant un dragon. Cette représentation se retrouve sur une moitié de fronton du Royal Ontario Museum de Toronto avec des restes de polychromie (rouge, blanc et noir). L’exorciste tient une épée et un bouclier d’un type particulier, différent du type courant ovale. Un bouclier semblable en bois laqué a été trouvé dans la tombe du marquis Yi de Zeng (433 A.C.).
D’autres briques sculptées et peintes au Royal Ontario Museum montrent Xiwangmu ( la Reine Mère de l’Occident) et un personnage chevauchant un serpent.
Les thèmes narratifs sont relativement rares et les anecdotes historiques encore plus au Henan, sauf dans le district de Nanyang qui est aussi un des rares endroits où on utilise des dalles sculptées pour construire des tombes.

Brique sculptée MC 6545 (Han Occidentaux). Une des faces est ornée de cinq registres : de haut en bas, l’Oiseau Rouge du Sud, le Dragon vert de l’Est, un duel ou une joute, une scène de « corrida », le Guerrier Noir du Nord (Tortue) monté par un immortel et le crapaud lunaire.
L’autre face présente trois registres : deux personnages se faisant face dans des positions mouvementées avec un troisième plus petit entre eux (cette scène avait été identifiée à tort comme la rencontre de Laozi et Confucius), deux guerriers se poursuivant, une confrontation entre un notable et un guerrier armé d’une hallebarde.
Le thème de la rencontre de Laozi et de Confucius est représenté sur le linteau de la chambre postérieure de la tombe M61 de Luoyang associé au conte des deux pêches et des trois valeureux guerriers.
Mais la représentation de la rencontre de Laozi et de Confucius associe souvent un enfant qui tient un jouet à roue (temple de ancêtres de la famille Wu au Shandong). Cette rencontre entre les deux sages mentionnée par Sima Qian raconte que Confucius, contraint à l’exil, erra d’un Etat à l’autre et vint consulter Laozi qui était Gardien des Archives ou du Trésor à Luoyi. Ce dernier lui dit qu’un sage parfait se donne l’air d’un sot. « Abandonnez votre air arrogant et vos désirs insatiables, votre mine apprêtée et vos ambitions excessives. Tout cela ne vous est d’aucun avantage ». Laozi est souvent figuré tenant un bâton, symbole de son statut plus que de son âge.
La rencontre avec l’enfant XiangTuo, âgé de sept ans, vient d’une autre source : Confucius sur son char est arrêté par l’enfant qui construit une forteresse de boue au milieu de la route. A la demande de Confucius de lui laisser le passage, Xiang Tuo lui répond qu’on ne déplace pas une ville pour laisser passer un char mais que c’est le char qui contourne la ville. Le rapprochement de ces deux anecdotes pourrait démontrer que Confucius cherchait l’enseignement où il se trouvait : un grand fonctionnaire et un jeune enfant : étudier et s’y appliquer avec conscience, là est le bonheur.
L’anecdote historique des deux pêches et des trois valeureux guerriers aussi représentée sur des dalles sculptées (Nanyang, temple des ancêtres de la famille Wu au Shandong) est mentionnée dans le Yanzi chunqiu (Annales de Maître Yan). La représentation montre le ministre confucéen du Duc Jing de Qi qui présente deux pêches sur une table à trois valeureux et indisciplinés guerriers : Gongsun Jie et Tian Kaijiang se précipitent pour les saisir alors que Guye Zi tire son épée. En fait, honteux de leur manque de retenue ils se suicideront. Sur la dalle du temple de la famille Wu, cette anecdote est associée à un thème de piété familiale (la marâtre et les deux demi-frères de Shun tentent de le tuer) et à un cortège de chars.
La représentation de la rencontre de Laozi et Confucius est aussi associée à d’autres parangons de piété filiale, familiale ou conjugale (tombe de Helinge’r) mais aussi à une anecdote tirée du Shiji : le duc de Zhou aide son neveu, le roi Cheng encore enfant, à gouverner (tombe Wulaowa, district de Jiaxiang, Shandong). Le duc de Zhou est un modèle de gouvernement dans la pensée confucéenne.
Toutes ces représentations sont conformes à l’orthodoxie confucéenne des Han.
Beaucoup de dalles ont été trouvées hors contexte et pourraient provenir de temples familiaux détruits sous les Trois Royaumes et réutilisées comme matériau de construction pour des tombes.
A la fin des Han Orientaux la thématique confucéenne est moins sollicitée, mais on représente plus de cortèges et banquets, moins d’anecdotes historiques et plus de piété familiale.04/04/2007. 23:37
Eric Lefebvre présentait la collection de dix neuf éventails peints et feuilles d’album récemment acquise par le Musée grâce au mécénat du C.C.C., des Amis du Musée, et de la Ville de Paris.
Cet ensemble qui couvre les 16ème, 17ème, 18ème et 19ème siècles est parfaitement représentatif de la peinture de lettré avec l’inspiration littéraire au cœur des œuvres.
Ce peintre emblématique de l’école de Wu (aujourd’hui Suzhou, qui fut une ville florissante et un centre culturel important à l’époque des Ming) peut être considéré comme un modèle du lettré artiste. Wen pratiqua différents styles sans jamais s’enfermer dans un seul, que ce soit en calligraphie comme en peinture.
Eric Lefebvre rappela l’importance du rôle des éventails pliants (innovation des
Ming, mode peut-être importée du Japon) dans les rapports sociaux : le père Mathieu Ricci témoigne qu’il conservait les éventails qu’on lui donnait dans un coffre afin de pouvoir lui-même en offrir.
La calligraphie en semi-cursive, peinte sur un papier doré est un poème.
Les traces d’usure sur les pliures prouvent que l’éventail a servi.
L’œuvre renvoie au poète et calligraphe Su Dongpo de l’époque des Song et son évocation poétique d’un paysage : le poème de la falaise rouge, œuvre qui se termine par une note mélancolique et métaphysique.
Cette œuvre est dans le premier style de Wen : calligraphie minutieuse et paysage traité de manière miniaturiste avec des couleurs.
Cette œuvre illustre la pluralité des styles de Wen dans une composition plus large, moins minutieuse, avec une grande ouverture du paysage traité dans les tons bleu-vert antiquisant.
Cet éventail illustre la « préface du pavillon des orchidées », célèbre poème de Wang Xizhi (4ème siècle de notre ère) qui évoque une journée où, libérés de leurs tâches, des lettrés se réunissent pour une joute littéraire. La peinture narrative évoque parfaitement l’accomplissement poétique et se conforme au format du rouleau horizontal avec un premier plan ouvert et des bosquets fermant en diagonale la moitié supérieure droite.
Neveu de Wen Zhengming, il ne suit pas les recettes de son oncle : les détails sont plus pittoresques, les personnages plus vivants. Wen Boren signe l’œuvre de son surnom, dans la tradition du lettré.
Chen était un spécialiste des orchidées. L’œuvre, très épurée, ose le contraste de la plante verticale dans un format horizontal adouci par les courbes des feuilles.
La calligraphie rappelle le rôle social important des éventails comme cadeaux. Lan, actif à Hangzhou, peint avec une utilisation de couleurs saturées un premier plan très présent d’un pin torturé sur fond de pierre du lac.
Cette feuille illustre bien le travail sur un motif qui sera peut-être intégré plus tard dans d’autres œuvres mais aussi qu’un rocher peut être un sujet en soi.
Dong fut un théoricien de la peinture et eut un rôle pivot (il établit la classification entre école du Sud et école du Nord). Homme de culture, il eut un goût marqué pour la citation stylistique. Ici, le premier plan évoque Wen Zhengming mais l’œuvre est une expression synthétique avec un beau travail de la couleur.

Li fut proche de Don Qichang. Ici, le paysage est travaillé d’une façon elliptique, à la limite de l’esquisse, dans un style très dépouillé.
Fang Cong fut peintre de cour.
le paysage est traité avec amplitude et un goût du pittoresque.
Le peintre retrouve l’esprit de la tradition du lettré. Ici le paysage est traité d’une manière un peu minutieuse.
D’un style évoquant les Song du Nord, le paysage est traité de façon monumentale malgré la petitesse de la feuille.
Ce paysage évoque une scène de la ville de Yangzhou.
Ce paysage renvoie au poème « la falaise rouge » mais dans un style plus réaliste et une expression plus colorée.
En plus de cet important achat, Eric Lefebvre montra une œuvre charnière, don d’un particulier au musée
Ce peintre éminent, proche de la famille régnante des Ming, se tint à l’écart des nouveaux maîtres manchous. Renommé comme peintre de fleurs il fut considéré comme l’un des six grands peintres de l’époque des Qing.
Le paysage est ici traité dans un style dépouillé et le poème évoquent deux peintres de la transition des Yuan aux Ming.
L’éventail est monté en rouleau vertical à la manière japonaise.
14/02/2007. 23:40
Contrairement à l’exposition du printemps 2002 qui était plus générale, cette nouvelle exposition ne couvre que quatre sites et seulement avec des objets du Musée de Kaboul. Son succès est tel que le Musée Guimet est en pourparlers pour une prolongation.
Il est important de rappeler que de nombreux objets ont été nettoyés ou restaurés dans les ateliers du Musée Guimet à l’occasion de cette exposition.
Ce site, découvert fortuitement en 1966, a livré des vases en or et en argent d’une civilisation encore non identifiée à l’époque. Depuis d’autres découvertes et études permettent de situer cette « civilisation de l’Oxus » à la fin du troisième millénaire avant notre ère et couvrant le nord de l’Afghanistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan .
Ces coupes ou bols sont décorés de motifs d’influences diverses : Akkad en Mésopotamie (sanglier sur un fond de montagne en écailles), Mundigak en Afghanistan (décor cruciforme à degrés dans des panneaux), Ur III ou Isin-Larsa (frise de taureaux barbus). La richesse de cette civilisation peut s’expliquer par l’exportation de lapis-lazuli (des mines se trouvent à 200 km de Tepe Fullol) qui alimentait un commerce international vers le Moyen-Orient et l’Egypte, grands consommateurs de ce minéral, mais aussi vers la vallée de l’Indus.
Fondé par Alexandre le Grand ou Séleucos 1er vers 300 avant notre ère, cette ville était peut-être l’Alexandrie de l’Oxus. Face au monde des steppes elle décline le mode de vie des Grecs (palais, temples, théâtre, gymnase, Hérôon) mais avec des influences d’Asie Mineure (temple à niches indentées). La ville sera balayée par les invasions vers 145 av.J.C.
Ce site faisait l’objet de fouilles dirigées par Viktor Sarianidi quand on y découvrit six tombes entre 1978 et 1979, une septième ne fut pas ouverte mais pillée durant les années de guerre. Ces tombes, une masculine entourée de cinq féminines, ont livré un ensemble unique de bijoux et parures en or avec des incrustations de turquoise, de grenat et lapis-lazuli… Les corps étaient revêtus de vêtements somptueusement décorés de bractées et plaquettes en or.
Si les parures évoquent l’or des Scythes, des miroirs chinois d’époque Han côtoient des intailles classiques au profil d’Athéna ou un peigne en ivoire au décor incisé du style des ivoires de Bégram.
En tout cas ces tombes montrent un monde ouvert à toutes les influences de l’Eurasie : applique ornée de l’Aphrodite bactrienne, pendentifs au « maître des dragons », une ceinture ponctuée de médaillons représentant Dionysos assis sur une panthère et tenant une coupe, boucles de chaussures ornées d’un char d’inspiration chinoise tiré par des dragons, une médaille indienne ornée de symboles bouddhiques, une couronne supportant cinq « arbres de vie » typiques de l’art nomade mais qui aura un écho en Corée à l’époque Silla.
A quel clan appartenaient le prince de Tillia Tepe : aux Yuezhi ou aux Saka dans l’orbite de l’empire parthe ?
Les monnaies trouvées couvrent presque un siècle : une médaille indienne (milieu du 1er siècle ap.J.C.), un aureus de Tibère (14-37 ap.J.C.), un denier parthe de Mithridate II (124-87 av.JC.) et une copie en or d’une monnaie de Gotarzes I (milieu du 1er siècle av.J.C.). Ceci laisserait supposer un enterrement dans la seconde moitié du 1er siècle de notre ère.
L’ancienne Alexandrie du Caucase a fait l’objet de fouilles entre 1937 et 1939. Au cours de ces campagnes, Ria Hackin (épouse de Joseph Hackin, directeur de la DAFA et du Musée Guimet) découvre les deux chambres murées du « trésor ». Ces chambres sont remplies d’objets de la Méditerranée, d’Inde et de Chine. Le trésor de Bégram va faire l’objet de nombreuses controverses : doit-on y voir un ensemble Koushan du 1er s. ap.J.C. ou faut-il lui donner une date plus haute : indo-parthe ou scythe ? Doit-on y voir un trésor au sens propre du terme ou un entrepôt de marchandises de luxe ?
Les pièces les plus étonnantes sont des ivoires indiens (les plus anciens connus et, de plus, d’inspiration profane) provenant de meubles ou de coffres, des objets en verre provenant d’Alexandrie ou du pourtour de la Méditerranée, des bronzes d’inspiration romaine ou hellénistique, des médaillons circulaires en plâtre qui servaient de modèle pour des pièces d’orfèvrerie, eux aussi d’inspiration hellénistique, ou des vases en albâtre ou porphyre provenant de l’Egypte romaine.
En conclusion je citerai une phrase de Véronique Schiltz : « tout art est un alliage, et que de cet alliage, c’est la terre afghane qui a été le creuset ».
06/02/2007. 23:44

HÉRITAGE
Avant le 20ème siècle la « peinture » vietnamienne relève plus de l'art traditionnel et de l'artisanat avec les estampes. Curieusement la peinture de lettrés chinoise ne semble jamais avoir fait école au Vietnam. Ces estampes tirées à partir de planches de bois gravées (une par couleur) sont fabriquées dans un but festif, cultuel ou prophylactiques pour protéger les habitations. Elles représentent les dieux, les héros nationaux ou des animaux symboliques. Les grands centres de productions sont Hàng Trong (rue des tambours à Hanoï) et Dong Hô.
L'attrait que représente l'art occidental est motivé par le désir de modernité.
Alors que la modernité atteint des pays comme le Japon et la Chine (école de Shanghaï avec Lin Fengmian, Xu Beihong) seul un artiste vietnamien, Le Van Mien (1873-1943), fils de mandarin, vient étudier à l'Ecole des Beaux Arts de Paris, envoyé par la cour de Hué. De retour dans son pays, bien que refusant une position officielle, il pratiquera et enseignera la technique de la peinture à l'huile.
COLONISATION
Avec la colonisation en 1860, les Vietnamiens prennent conscience que l'ancrage dans une tradition rigoureuse avait pour conséquence un retard par rapport à l'occident, aujourd'hui vainqueur. Cette prise de conscience entraîna dans l'esprit des intellectuels vietnamiens un questionnement non seulement sur l'Art mais aussi sur les sciences et les techniques.
La France colonisatrice avait créé en 1910 le prix d'Indochine pour encourager des artistes français à venir au Vietnam afin de faire connaître la lointaine colonie aux Français. Certains, pris sous le charme, y passeront une grande partie de leur vie.
C'est ainsi que Victor Tardieu (1870-1937), peintre de grandes fresques officielles, peint une toile de 180 m2 pour l'Université d'Hanoï. Il remarque un élève extrêmement doué, Nam Son, avec qui il va fonder en 1924 l'Ecole des Beaux Arts d'Hanoï et il en restera le directeur jusqu'à sa mort.
Dans cette école on enseigne non seulement les techniques occidentales de peinture, de peinture à l'huile, de sculpture mais aussi orientales telle que la laque ou la peinture sur soie.
L'enseignement post-impressionniste voire Nabis produira des oeuvres figuratives et romantiques, mais il sensibilisera les artistes, presque tous fils de mandarins, à la beauté de la nature et au travail en plein air.
Les Professeurs :
Victor Tardieu recrute en 1925 Joseph Inguimberty (1896-1971)qui dirigera le département de peinture jusqu'en 1945. L'oeuvre vietnamienne d'Inguimberty où la couleur traduit l'atmosphère tropicale (thèmes ruraux et portraits) influencera beaucoup ses élèves.
Evariste Jonchère (1892-1956) succède à Victor Tardieu et développe des ateliers de ciselure, de céramique et de laque.
André Maire (1898-1984), influencé par Gauguin ou Maurice Denis et Emile Bernard, enseigne un art décoratif et poétique, mais il est surtout célèbre pour ses croquis et relevés des temples d'Angkor. De 1948 à 1955 il enseignera à l'Ecole d'architecture de Saïgon.
Alix Aymé (1894-1989) sera professeur de l'art de la laque entre autre.
Après le bombardement de Hanoi en 1943, l'Ecole se divise en plusieurs unités.
La peinture de leurs élèves restera fortement imprégnée de cette atmosphère romantique et exotique où la femme est encensée, personnifiant la beauté, la maternité et la vertu, et le sentiment national.
Les Elèves :
Nguyen Pham Chanh (1882-1984) utilise la technique vietnamienne des aplats pour une oeuvre empreinte d'un esprit rural. Ses oeuvres sont aujourd'hui emblématiques du Vietnam.
Le Phô (1907-2002), fils du vice-roi du Tonkin, séjourne en France et complète ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il travaille aussi bien la technique de la soie que la peinture l'huile. Il excelle dans la première avec une vision idéaliste, un trait léger et une palette chatoyante.
Mai Trung Thu (1906-1980), il participe aux Salons des Indépendants et d'Automne. Il travaille beaucoup la peinture sur soie et ses thèmes de prédilection sont les enfants et les jeunes filles qu'il idéalise dans des figures graciles et longilignes.
Nguyen Gia Tri (1908-1993) sut porter à son apogée l'art de la laque.
LA GUERRE
L'invasion du Vietnam par les Japonais en mars 1945 porte un coup à l'aura de la France et renforce l'esprit nationaliste vietnamien. Très vite l'armée du Vietnam commandée par Ho Chi Minh entre en conflit avec la France (1946-1954). Après Dien Bien Phu, scission du pays et en 1957 c'est le début de la seconde guerre du Vietnam.
Durant la première guerre du Vietnam, les artistes rejoignent le Nord et participent à la guerre patriotique, celle-ci est montrée d'une manière pudique. Ils glorifient les héros et l'unité nationale en participant à la propagande. Cependant, dans les années cinquante, certains artistes vont se lasser de la propagande et fonder le Mouvement d'Idées « Nhan Van Gia Pham ». Ils sont privés du soutien gouvernemental et retournent dans le Sud.
Les « Quatre Piliers du Temple » :
Bui Xuan Phai (1920-1988), le peintre issu de l'Ecole des Beaux-Arts qui a une influence déterminante dans la création du courant d'art moderne (il rejoint le mouvement « Nhan Van Gia Pham »). Il peint sur tous les supports d'une manière vigoureuse, cernant de traits noirs des scènes de rue, d'opéra traditionnel ou des portraits.
Duong Bich Lien (1924-1988), fils de mandarin, participe à la résistance mais, après les années soixante, se réfugie dans un art qu'il avait pratiqué avant la guerre. Il affectionne particulièrement les portraits.
Nguyen Sang (1923-1988) traduit avec grandeur les horreurs de la guerre.
Nguyen Tu Nghiem (1922-?) est le premier à intégrer des éléments de la culture traditionnelle dans sa peinture et, tout en admirant le travail de Picasso, Klee ou Miro, il cherche à traduire les spécificités de l'âme vietnamienne.
La guerre a fait d'horribles ravages et la peinture devient un miroir des horreurs et du chaos.
L'ECOLE DU RENOUVEAU
Après le « Dõi Moi » en 1985 l'art contemporain connaît un véritable épanouissement avec un expressionnisme moderne, moins réaliste, plus abstrait.
Dinh Y Nhi (1967-?) fille d'un peintre, elle s'exprime au travers de la figure humaine dans des tons noirs, gris ou blancs.
Nguyen Trung (1940-?)
Trang trung Tin (1960-?)
Truong Tan (1963-?) peint la vie, l'amour et la mort et excelle dans l'art de la provocation.
Aujourd'hui un courant plus optimiste existe tout de même au Vietnam même s'il y a une prolifération d'oeuvres commerciales et de copies.
17/01/2007. 23:04
Bactres (aujourd’hui Balkh, ville ceinte d’une muraille de 11 km), était l’ancienne capitale de la Bactriane, province située aux confins de l’Afghanistan, du Turkménistan et de l’Ouzbekistan, plaine de steppes et de déserts traversée par l’Amu-Darya, l’Oxus des Anciens.
Rappel historique de la région :
- 2ème et 1er millénaire avant notre ère : la Bactriane était réputée pour ses richesses minérales et agricoles et tient une partie de sa prospérité au fait de se trouver au carrefour d’un important réseau d’échanges longue distance.
- 6ème siècle av.J.C. : selon la légende, Zoroastre est censé être né à Bactres et y serait enterré.
- Vers 550 av.J.C. : Bactres, située au milieu d’une oasis, est conquise par Cyrus et les bactriens sont mentionnés dans le texte de fondation du palais de Darius à Suse et représentés à Persépolis parmi les tributaires de l’empire achéménide.
- 320-327 av.J.C. : la région est conquise
par Alexandre le Grand. Sa femme, Roxane, est originaire de Bactres. A la mort
du conquérant, la Bactriane fait
partie de l’empire séleucide.
- Vers 250 av.J.C. : naissance du royaume indépendant de Bactriane, qui s’effritera en petits royaumes un siècle après.
- 1er siècle av.J.C. : invasions indo-scythes et indo-parthes.
- 1er siècle ap.J.C. : les Yuezhi fondent l’empire Kouchan (les Grands Kouchans) qui s’étend de l’Asie Centrale au nord de l’Inde. Apogée de l’art du Gandhara.
- 3ème siècle ap.J.C. : invasion des Sassanides qui reforment le grand empire perse.
- 5ème siècle ap.J.C. : invasion des Huns Hephtalites, puis de tribus turques.
- 8ème siècle ap.J.C. : invasions arabes.
- 9ème siècle ap.J.C. : sous les Abassides, la plus grande famille de Bactres fournit à la dynastie une succession de vizirs, jusqu’à l’assassinat de tous ses membres sous Haroun-al-Rachid. A la mort de ce dernier, des dynasties locales apparaissent: Samanide, Ghaznévide et Ghoride.
- 10ème siècle ap.J.C. : Balkh est une ville florissante et considérée comme « la mère des villes ». Vers 1207 le poète Rumi vit à Balkh avant de s’exiler en Turquie et fonder l’ordre des « derviches tourneurs ».
- 1220 ap.J.C. : la ville et la région sont ravagées par les hordes de Gengis Khan.
- 14ème siècle ap.J.C. : Tamerlan et ses successeurs redonnent de la splendeur à la province de Bactriane et reconstruisent Balkh.
Rappel de l’activité de la DAFA (Délégation Archéologique Française en Afghanistan) :
Créée en 1920 à la demande du roi Amanullah, la DAFA a supervisé les fouilles en Afghanistan et, en contre-partie d’aides à l’éducation et à l’archéologie, certaines pièces découvertes ont été concédées à la France, ce qui explique la richesse du Musée Guimet dans ce domaine.
En 1925, Alfred Foucher, directeur de la DAFA, entreprend de retrouver la ville hellénistique sur la citadelle (Bala-Hisar) de Balkh mais ne trouve rien que des monuments islamiques.
En 2002, suite à l’apparition de chapiteaux de type grec (3ème siècle av.J.C.) sur le marché, des fouilles sont de nouveau entreprises à Balkh, plus précisément à tepe Zargaran (petite élévation comprise dans l’emprise des remparts, au sud-ouest du_ Bala-Hissar). Un ensemble de grands blocs de pierre est retrouvé à la jonction de galeries de pillage. Ces blocs ont été réemployés pour aménager un cours d’eau à l’époque Kouchan (1er siècle ap.J.C.). D’autre blocs et des chapiteaux de la même époque sont également mis à jour. Un ensemble monumental avec une pile de pont islamique est dégagé : le cours de la rivière s’est déplacé entre les achéménides et l’occupation islamique.
Un autre chantier sur le rempart nord met en évidence, sous le rempart aujourd’hui visible, un mur d’époque hellénistique au vu des briques de terre crues.
Un troisième chantier sur la pente sud du Bala-Hisar met à jour, sous les remblais et murailles islamiques, des terrasses achéménides. Elles aussi sont en briques crues, et couvertes d’un lit de cendres avec de nombreux tessons achéménides.
Un massif inexpliqué, sur lequel la couche de cendres vient mourir, abrite une sépulture où deux squelettes ont été retrouvés accompagnés d’une bague et d’une monnaie en bronze, malheureusement illisible. Leur position, avec la tête vers le Nord, indiquerait une époque préislamique.
Au-dessus de la couche de cendres, mais bien plus haut en élévation, la zone a livré trois niveaux d’occupation timouride ou post-timouride avec des habitats en briques cuites. La découverte de tessons du 8-9ème siècle ap.J.C. sous ces niveaux islamiques tardifs et, en élévation, au-dessus des niveaux achéménides laisse supposer, sur le Bala-Hissar, une occupation islamique ancienne.
Les prochaines fouilles auront principalement pour objet la zone de tepe Zargaran, où vraisemblablement se trouvait la ville hellénistique, construite à plat, près de la rivière, en contrebas du Bala Hissar achéménide.
Nicolas Engel a ensuite montré des photos de la petite mosquée Hadjî Piyâdâ, située non loin de Balkh. Cette mosquée, construite en briques crues pour les murs extérieurs et en briques cuites pour les colonnes intérieures, ornée d’un décor de stuc apparenté à celui de Samârrâ, pourrait dater du 9ème siècle ap.J.C. Elle fait l’objet d’une campagne de restauration.
01/01/2007. 23:10

Après une introduction en survol du musée et de son fonctionnement, Christine Hemmet nous fit découvrir le
magnifique auditorium et le théâtre de plein air.
La rampe d’accès aux différents plateaux serpente autour de la réserve des instruments de musique qui sont classés par continents et par familles organologiques, avec quelques écrans diffusant des images de l’utilisation de ces instruments et une ambiance sonore correspondante.
Une particularité importante du Musée du quai Branly est un couloir, « la rivière », aux murs recouverts de cuir dont le programme s’adresse plus particulièrement aux non voyants car comportant un certain nombre d’explications en braille et des « croquis » en relief destinés au toucher. Le programme intègre aussi des bornes multimédias.
Autre innovation : un salon de lecture spacieux, en accès libre, qui permet à tout un chacun de consulter un ouvrage ou un magazine sur place, ceci en plus de la médiathèque réservée aux scientifiques.
La circulation sur le plateau des collections permanentes du Musée se fait de façon fluide d’un continent à l’autre : Océanie, Asie, Afrique et Amérique.
Christine Hemmet a bien insisté sur la complémentarité des collections asiatiques avec celles du Musée Guimet qui montrent l’Art des grandes civilisations mortes alors que le Musée du Quai Branly, dont les collections sont plus contemporaines, croise l’ethnologie et la sensibilité esthétique des peuples qui vivent encore dans ces régions. Il n’y a pas ou très peu d’Arts Premiers dans les pays de grandes civilisations anciennes tels que la Chine, le Cambodge ou l’Inde, pas plus qu’en Grèce ou en Egypte.

La visite proprement dite a commencé par un exceptionnel tambour de bronze de la culture de Dong Son. C’est un des rares objets archéologiques présentés dans les collections mais qui démontre la pérennité de certains motifs dans les cultures des minorités de la région aujourd’hui.
Une expérience intéressante est « la boîte à musique », lieu de découverte d’un événement musical replacé dans son contexte, une approche des rites par la spatialisation du son et la projection d’images de très grandes dimensions sur trois murs : expérience complète de dépaysement.
Le long du parcours asiatique, la complémentarité des multimédias avec les objets exposés est totale : vêtements, tissus et parures ainsi qu’objets de la vie de tous les jours (instruments aratoires, paniers, pipes, armes etc.) car, sur des écrans avoisinants défilent des vidéos et des photos anciennes, mais surtout récentes, de gens portant ces vêtements, utilisant ces instruments, ou les fabricant.
Pour ne citer que quelques points forts des collections :
La Sibérie : une robe cérémonielle en peaux de salmonidés et un remarquable costume complet de chamane.
Le Japon : des décors au pochoir en papier d’écorce et fils de soie.
La Chine des Han : un théâtre d’ombres du Hebei et un rouleau représentant le rite du Premier Sillon de l’empereur Yongzhen, cérémonie qui perdure au sein de nombreuses populations de l’Asie du Sud-Est.
La Chine non Han et la péninsule indochinoise : une collection de vêtements, tissus et parures des cultures Miao ou Hmong, impressionnante par la qualité et la variété des tissages, broderies, et décors teints en réserve (batik) ou créés avec les fils de trame teints avant tissage (ikat). Pour certaines ethnies de ces régions, le costume ou la coiffure reflètent le statut au sein du groupe, et se modifient aux différentes étapes de la vie. La modernité des bijoux en argent des peuples montagnards ou le design épuré des faucilles, coupe-coupe ou autres objets usuels sont étonnants.

Himalaya : Bouddhisme et traditions villageoises, mais surtout un superbe Bouddha en cuivre doré népalais du XIe s. et une rare peinture rituelle tibétaine à double face du XVIIe s.
L’Inde : une intéressante collection de bronzes représentant figurines, animaux, divinité ou êtres fantastiques. De nouveau, dans la transversale des textiles, les tissus pour le drapé sont remarquables de diversité. Un théâtre d’ombres et une déesse aux serpents impressionnante.
L’Asie centrale : un étonnant tapis de feutre ainsi que de somptueux vêtements ouzbeks ou afghans.
Le Proche-orient : un monumental palanquin de dromadaire pour le voyage des femmes provenant de Syrie, une collection de bijoux et d’armes ainsi qu’un théâtre d’ombres d’Irak. Enfin des voiles de visage de femmes bédouines et arabes, tradition qui remonte aux Assyriens mais qui était présente en Grèce ou à Rome et a été intégrée par différentes religions. Cultes et croyances sont reflétés par des objets de protection ou des ex-voto.
Ce merveilleux voyage à travers le temps et les peuples d’Asie fut presque trop court tant la richesse des collections et des commentaires de Christine Hemmet semblaient inépuisable.
07/11/2006. 14:20